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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/436

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contre ma conscience & mes principes que ceux qui peuvent influer sur le sort d’autrui.

J’atteste le ciel que si je pouvois l’instant d’après retirer le mensonge qui m’excuse & dire la vérité qui me charge sans me faire un nouvel affront en me rétractant, je le ferois de tout mon cœur, mais la honte de me prendre ainsi moi-même en faute me retient encore, & je me repens très-sincèrement de ma faute, sans néanmoins l’oser réparer. Un exemple expliquera mieux ce que je veux dire & montrera que je ne mens ni par intérêt ni par amour-propre, encore moins par envie ou par malignité : mais uniquement par embarras & mauvaise honte, sachant même très-bien quelquefois que ce mensonge est connu pour tel & ne peut me servir du tout à rien.

Il y a quelque tems que M. F*** m’engagea contre mon usage a aller avec ma femme dîner en maniere de pique-nique avec lui & son ami B***, chez la Dame ***, restauratrice, laquelle & ses deux filles dînerent aussi avec nous. Au milieu du dîner, l’aînée, qui est mariée depuis peu & qui étoit grosse, s’avisa de me demander brusquement & en me fixant si j’avois eu des enfants. Je répondis en rougissant jusqu’aux yeux que je n’avois pas eu ce bonheur. Elle sourit malignement en regardant la compagnie : tout cela n’étoit pas bien obscur, même pour moi.

Il est clair d’abord que cette réponse n’est point celle que j’aurois voulu faire, quand même j’aurois eu l’intention d’en imposer ; car dans la disposition où je voyais les convives j’étois bien sûr que ma réponse ne changeoit rien a leur opi-