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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/418

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intérêt dominant que celui de connoître la vérité. Aujourd’hui que mon cœur serré de détresse, mon ame affaissée par les ennuis, mon imagination effarouchée, ma tête troublée par tant d’affreux mysteres dont je suis environné, aujourd’hui que toutes mes facultés, affaiblies par la vieillesse & les angoisses ont perdu tout leur ressort, irai-je m’ôter à plaisir toutes les ressources que je m’étois ménagées, & donner plus de confiance à ma raison déclinante pour me rendre injustement malheureux, qu’à ma raison pleine & vigoureuse pour me dédommager des maux que je souffre sans les avoir mérités ? Non, je ne suis ni plus sage, ni mieux instruit, ni de meilleure foi que quand je me décidai sur ces grandes questions ; je n’ignorois pas alors les difficultés dont je me laisse troubler aujourd’hui ; elles ne m’arrêterent pas, & s’il s’en présente quelques nouvelles dont on ne s’étoit pas encore avisé, ce sont les sophismes d’une subtile métaphysique qui ne sauroient balancer les vérités éternelles admises de tous les tems, par tous les Sages, reconnues par toutes les nations, & gravées dans le cœur humain en caracteres ineffaçables. Je savois en méditant sur ces matieres que l’entendement humain circonscrit par les sens, ne les pouvoit embrasser dans toute leur étendue. Je m’en tins donc à ce qui étoit à ma portée sans m’engager dans ce qui la passoit. Ce parti étoit raisonnable, je l’embrassai jadis & m’y tins avec l’assentiment de mon cœur & de ma raison. Sur quel fondement y renoncerois-je aujourd’hui que tant de puissans motifs m’y doivent tenir attaché ? Quel danger vois-je à le suivre ? Quel profit trouverois-je à l’abandonner ? En prenant