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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/385

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pardonnera jamais & le public dont ils auront soin d’entretenir & ranimer l’animosité sans cesse, ne s’appaisera pas plus qu’eux.

Tout est fini pour moi sur la terre. On ne peut plus m’y faire ni bien ni mal. Il ne me reste plus rien à espérer ni à craindre en ce monde, & m’y voilà tranquille au fond de l’abyme, pauvre mortel infortuné, mais impassible comme Dieu même.

Tout ce qui m’est extérieur, m’est étranger désormais. Je n’ai plus en ce monde ni prochain, ni semblables, ni freres. Je suis sur la terre comme dans une planete étrangere où je serois tombé de celle que j’habitois. Si je reconnois autour de moi quelque chose, ce ne sont que des objets affligeans & déchirans pour mon cœur, & je ne peux jetter les yeux sur ce qui me touche & m’entoure sans y trouver toujours quelque sujet de dédain qui m’indigne, ou de douleur qui m’afflige Écartons donc de mon esprit tous les pénibles objets dont je m’occuperois aussi douloureusement qu’inutilement. Seul pour le reste de ma vie, puisque je ne trouve qu’en moi la consolation, l’espérance & la paix, je ne dois ni ne veux plus m’occuper que de moi. C’est dans cet état que je reprends la suite de l’examen sévere & sincere que j’appellai jadis mes Confessions. Je consacre mes derniers jours à m’étudier moi-même & à préparer d’avance le compte que je ne tarderai pas à rendre de moi. Livrons-nous tout entier à la douceur de converser avec mon ame, puisqu’elle est la seule que les hommes ne puissent m’ôter. Si à force de réfléchir sur mes dispositions intérieures, je parviens à les