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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/99

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aux hommes ; & il est d’autant plus ridicule de représenter les Sauvages comme s’entr’égorgeant sans cesse pour assouvir leur brutalité, que cette opinion est directement contraire à l’expérience, & que les CaraÏbes, celui de tous les peuples existans qui jusqu’ici s’est écarté le moins de l’état de nature, sont précisément les plus paisibles dans leurs amours, & les moins sujets a la jalousie, quoique vivant sous un climat brûlant qui semble toujours donner a ces passions une plus grande activité.

À l’égard des inductions qu’on pourroit tirer dans plusieurs especes d’animaux, des combats des mâles qui ensanglantent en tout tems nos basses-cours, ou qui font retentir au printemps nos forêts de leurs cris en se disputant la femelle, il faut commencer par exclure toutes les especes où la nature a manifestement établi dans la puissance relative des sexes d’autres rapports que parmi nous : ainsi les combats des coqs ne forment point une induction pour l’espece humaine. Dans les especes où la proportion est mieux observée, ces combats ne peuvent avoir pour causes que la rareté des femelles, eu égard au nombre des mâles, ou les intervalles exclusifs, durant lesquels la femelle refuse constamment l’approche du mâle, ce qui revient à la premiere cause ; car, si chaque femelle ne souffre le mâle que durant deux mois de l’année, c’est à cet égard comme si le nombre des femelles étoit moindre des cinq sixiemes. Or, aucun de ces deux cas n’est applicable à l’espece humaine, où le nombre des femelles surpasse généralement celui des mâles, & où l’on n’a jamais observé que, même parmi les Sauvages, les femelles aient, comme celles des autres