Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/554

Cette page n’a pas encore été corrigée


présente guerre laissera vraisemblablement la Russie, j’estime qu’il peut vous suffire pour entreprendre avec sûreté votre ouvrage ; d’autant plus que l’intérêt commun des puissances de l’Europe & sur-tout de vos autres voisins est de vous laisser toujours pour barriere entre eux & les Russes, & qu’à force de changer de folies il faut bien qu’ils soient sages au moins quelque fois.

Une chose me fait croire que généralement on vous verra sans jalousie travailler à la réforme de votre constitution. C’est que cet ouvrage ne tend qu’à l’affermissement de la législation, par conséquent de la liberté, & que cette liberté passe dans toutes les Cours pour une manie de visionnaires qui tend plus à affoiblir qu’à renforcer un Etat. C’est pour cela que la France a toujours favorisé la liberté du Corps Germanique & de la Hollande, & c’est pour cela qu’aujourd’hui la Russie favorise le Gouvernement présent de Suede, & contrecarre de toutes ses forces les projets du Roi. Tous ces grands ministres qui, jugeant les hommes en général sur eux-mêmes & ceux qui les entourent, croient les connoître, sont bien loin d’imaginer quel ressort l’amour de la patrie & l’élan de la vertu peuvent donner à des ames libres. Ils ont beau être les dupes de la basse opinion qu’ils ont des Républiques & y trouver dans toutes leurs entreprises une résistance qu’ils n’attendoient pas, ils ne reviendront jamais d’un préjugé fondé sur le mépris dont ils se sentent dignes & sur lequel ils apprécient le genre-humain. Malgré l’expérience assez frappante que les Russes viennent des faire en Pologne rien ne les fera changer d’opinion. Ils regarderont toujours