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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/547

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de l’hérédité ; le Candidat que son ambition séduiroit jusqu’à recourir à cette fraude n’en seroit pas moins au surplus un homme de mérite, capable au jugement de la nation de porter la Couronne avec honneur ; & enfin, même après cette fraude, il n’en dépendroit pas moins pour en profiter du choix subséquent & formel de la République.

Par ce projet adopté dans toute son étendue, tout est lié dans l’Etat, & depuis le dernier particulier jusqu’au premier Palatin, nul ne voit aucun moyen d’avancer que par la route du devoir & de l’approbation publique. Le Roi seul, une fois élu, ne voyant plus que les loix au-dessus de lui, n’a nul autre frein qui le contienne, & n’ayant plus besoin de l’approbation publique, il peut s’en passer sans risque si ses projets le demandent. Je ne vois gueres à cela qu’un remede auquel même il ne faut pas songer. Ce seroit que la Couronne fût en quelque maniere amovible & qu’au bout de certaines périodes les Rois eussent besoin d’être confirmés. Mais encore une fois cet expédient n’est pas proposable ; tenant le Trône & l’Etat dans une agitation continuelle, il ne laisseroit jamais l’administration dans une assiette assez solide pour pouvoir s’appliquer uniquement & utilement au bien public.

Il fut un usage antique qui n’a jamais été pratiqué que chez un seul peuple, mais dont il est étonnant que le succes n’ait tenté aucuns autre de l’imiter. Il est vrai qu’il n’est guere propre qu’à un royaume électif, quoique inventé & pratiqué dans un royaume héréditaire. Je parle du jugement des Rois d’Egypte après leur mort, & de l’arrêt par lequel la sépulture & les honneurs royaux leur étoient accordés ou