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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/543

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il s’agit : c’est ce que nous verrons tout-à-l’heure après que j’aurai proposé mon expédient ; cet expédient est simple, mais il paroîtra d’abord manquer le but que je viens de marquer moi-même, quand j’aurai dit qu’il consiste à faire entrer le sort dans l’élection des Rois. Je demande en grâce qu’on me laisse le tems de m’expliquer, ou seulement qu’on me relise avec attention.

Car si l’on dit ; comment s’assurer qu’un Roi tiré au sort ait les qualités requises pour remplir dignement sa place, on fait une objection que j’ai déjà résolue ; puisqu’il suffit pour cet effet que le Roi ne puisse être tiré que des Sénateurs à vie ; car puisqu’ils seront tirés eux-mêmes de l’ordre des Gardiens des loix, & qu’ils auront passé avec honneur par tous les grades de la République, l’épreuve de toute leur vie & l’approbation publique dans tous les postes qu’ils auront remplis seront des garans suffisans du mérite & des vertus de chacun d’eux.

Je n’entends pas néanmoins que même entre les Sénateurs à vie le sort décide seul de la préférence. Ce seroit toujours manquer en partie le grand but qu’on doit se proposer. Il faut que le sort fasse quelque chose & que le choix fasse beaucoup, afin d’un côté d’amortir les brigues & les menées des puissances étrangeres & d’engager de l’autre tous les Palatins par un si grand intérêt à ne point se relâcher dans leur conduite, mais à continuer de servir la patrie avec zele pour mériter la préférence sur leurs concurrens.

J’avoue que la classe de ces concurrens me paroît bien nombreuse si l’on y fait entrer les grands Castellans presque égaux