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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/527

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J’ai ci-devant indiqué quelques-uns des moyens propres à cet effet : il me reste à développer ici celui que je crois être le plus fort le plus puissant & même infaillible dans son succes, s’il est bien exécuté. C’est de faire en sorte que tous les citoyens se sentent incessamment sous les yeux du publie ; que nul n’avance & ne parvienne que par la faveur publique ; qu’aucun poste, aucun emploi ne soit rempli que par le vœu de la nation ; & qu’enfin depuis le dernier noble, depuis même le dernier manant jusqu’au Roi, s’il est possible, tous dépendent tellement de l’estime publique qu’on ne puisse rien faire, rien acquérir parvenir à rien sans elle. De l’effervescence excitée par cette commune émulation naîtra cette ivresse patriotique qui seule sait élever les hommes au-dessus d’eux-mêmes, & sans laquelle la liberté n’est qu’un vain nom & la législation qu’une chimere.

Dans l’ordre Equestre, ce systême est facile à établir, si l’on a soin d’y suivre par-tout une marche graduelle, & de n’admettre personne aux honneurs & dignités de l’Etat qu’il n’ait préalablement passé par les grades inférieurs lesquels serviront d’entrée & d’épreuve pour arriver à une plus grande élévation. Puisque l’égalité parmi la noblesse est une loi fondamentale de la Pologne, la carriere des affaires publiques y doit toujours commencer parles emplois subalternes ; c’est l’esprit de la constitution. Ils doivent être ouverts à tout citoyen que son zele porte à s’y présenter & qui croit se sentir en état de les remplir avec succes : mais ils doivent être le premier pas indispensable à quiconque, grand ou petit, veut avancer dans cette carriere. Chacun est libre de ne s’y pas présenter ; mais