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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/526

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des chaînes permanentes en sont un beaucoup plus grand. Vous ne ferez jamais en sorte qu’il soit difficile à vos voisins d’entrer chez vous ; mais vous pouvez faire en sorte qu’il leur soit difficile d’en sortir impunément, & c’est à quoi vous devez mettre tous vos soins. Antoine & Crassus entrerent aisément, mais pour leur malheur, chez les Parthes. Un pays aussi vaste que le vôtre offre toujours à ses habitans des refuges & de grandes ressources pour échapper à ses agresseurs. Tout l’art humain ne sauroit empêcher l’action brusque du fort contre le foible ; mais il peut se ménager des ressorts pour la réaction, & quand l’expérience apprendra que la sortie de chez vous est si difficile on deviendra moins pressé d’y entrer. Laissez donc votre pays tout ouvert comme Sparte ; mais bâtissez-vous comme elle de bonnes citadelles dans les cœurs des citoyens, & comme Thémistocle emmenoit Athenes sur sa flotte, emportez au besoin vos villes sur vos chevaux. L’esprit d’imitation produit peu de bonnes choses & ne produit jamais rien de grand. Chaque pays a des avantages qui lui sont propres & que l’institution doit étendre & favoriser. Ménagez cultivez ceux de la Pologne, elle aura peu d’autres nations à envier.

Une seule chose suffit pour la rendre impossible à subjuguer ; l’amour de la patrie & de la liberté animé par les vertus qui en sont inséparables. Vous venez d’en donner un exemple mémorable à jamais. Tant que cet amour brûlera dans les cœurs, il ne vous garantira pas peut-être d’un joug passager ; mais tôt ou tard il fera son explosion, secouera le joug & vous rendra libres. Travaillez donc sans relâche sans cesse à porter le patriotisme au plus haut degré dans tous les cœurs Polonois.