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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/518

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des troupes pour garder l’Etat. J’en conviendrois si ces troupes le gardoient en effet ; mais je ne vois pas que cette armée l’ait jamais garanti d’aucune invasion, & j’ai grand’-peur qu’elle ne l’en garantisse pas plus dans la suite.

La Pologne est environnée de puissances belliqueuses qui ont continuellement sur pied de nombreuses troupes parfaitement disciplinées, auxquelles avec les plus grande efforts elle n’en pourra jamais opposer de pareilles, sans s’épuiser en très-peu de tems, sur-tout dans l’état déplorable où celles qui la désolent vont la laisser. D’ailleurs, on ne la laisseroit pas faire, & si avec les ressources de la plus vigoureuse administration, elle vouloit mettre son armée sur un pied respectable, ses voisins attentifs à la prévenir l’écraseroient bien vite avant qu’elle pût exécuter son projet. Non, si elle ne veut que les imiter, elle ne leur résistera jamais.

La nation Polonoise est différente de naturel de Gouvernement de mœurs de langage non-seulement de celles qui l’avoisinent mais de tout le reste de l’Europe. Je voudrois qu’elle en différât encore dans sa constitution militaire, dans sa tactique, dans sa discipline, qu’elle fût toujours elle & non pas une autre. C’est alors seulement qu’elle sera tout ce qu’elle peut être, & qu’elle tirera de son sein toutes les ressources qu’elle peut avoir. La plus inviolable loi de la nature est la loi du plus fort. Il n’y a point de législation, point de constitution qui puisse exempter de cette loi. Chercher les moyens de vous garantir des invasions d’un voisin plus fort que vous, c’est chercher une chimere. C’en seroit une encore plus grande de vouloir faire des conquêtes & vous donner