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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/516

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d’impôt sur ce qui se cache aisément, comme la dentelle & les bijoux ; il vaut mieux défendre de les porter que de les entrer. En France on excite à plaisir la tentation de la contrebande, & cela me fait croire que la Ferme trouve son compte à ce qu’il y ait des contrebandiers. Ce systême est abominable & contraire à tout bon sens. L’expérience apprend que le papier timbré est un impôt singulierement onéreux aux pauvres, gênant pour le commerce, qui multiplie extrêmement les chicanes & fait beaucoup crier le peuple par-tout où il est établi ; je ne conseillerois pas d’y penser. Celui sur les bestiaux me paroît beaucoup meilleur pourvu qu’on évite la fraude, car toute fraude possible est toujours une source de maux. Mais il peut être onéreux aux contribuables en ce qu’il faut le payer en argent, & le produit des contributions de cette espece est trop sujet à être dévoyé de sa destination.

L’impôt le meilleur à mon avis, le plus naturel & qui n’est point sujet à la fraude, est une taxe proportionnelle sur les terres, & sur toutes les terres sans exception comme l’ont proposée le Maréchal de Vauban & l’Abbé de Saint-Pierre ; car enfin c’est ce qui produit qui doit payer. Tous les biens royaux, terrestres, ecclésiastiques & en roture doivent payer également, c’est-à-dire proportionnellement à leur étendue & à leur produit, quel qu’en soit le propriétaire. Cette imposition paroîtroit demander une opération préliminaire qui seroit longue & coûteuse, savoir un cadastre général. Mais cette dépense peut très-bien s’éviter, & même avec avantage, en asseyant l’impôt non sur la terre directement, mais sur son produit, ce qui seroit encore plus juste ; c’est-à-dire, en établissant