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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/515

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voudront en faire autant, ils n’auront pas plus besoin d’argent que les Suisses : mais si un grand Etat refuse de se conduire sur les maximes des petites Républiques, il ne faut pas qu’il en recherche les avantages, ni qu’il veuille l’effet en rejettant les moyens de l’obtenir. Si la Pologne étoit selon mon désir une confédération de trente-trois petits Etats, elle réuniroit la force des grandes Monarchies & la liberté des petites Républiques ; mais il faudroit pour cela renoncer à l’ostentation, & j’ai peur que cet article ne soit le plus difficile.

De toutes les manieres d’asseoir un impôt la plus commode & celle qui coûte le moins de frais est sans contredit la capitation ; mais c’est aussi la plus forcée la plus arbitraire, & c’est sans doute pour cela que Montesquieu la trouve servile, quoiqu’elle ait été la seule pratiquée par les Romains & qu’elle existe encore en ce moment en plusieurs Républiques, sous d’autres noms à la vérité, comme à Geneve, où l’on appelle cela payer les Gardes, & où les seuls citoyens & bourgeois payent cette taxe, tandis que les habitans & natifs en payent d’autres ; ce qui est exactement le contraire de l’idée de Montesquieu.

Mais comme il est injuste & déraisonnable d’imposer les gens qui n’ont rien, les impositions réelles valent toujours mieux que les personnelles : seulement il faut éviter celles dont la perception est difficile & coûteuse, & celles sur-tout qu’on élude par la contrebande qui fait des non-valeurs, remplit l’Etat de fraudeurs & de brigands, & corrompt la fidélité des citoyens. Il faut que l’imposition soit si bien proportionnée que l’embarras de la fraude en surpasse le profit. Ainsi jamais