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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/510

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à propos ces récompenses purement honorifiques, se ménage un trésor qui ne la ruinera pas, & qui lui donnera des héros pour citoyens. Ce trésor des honneurs est une ressource inépuisable chez un peuple qui a de l’honneur ; & plût à Dieu que la Pologne eût l’espoir d’épuiser cette ressource ! O heureuse la nation qui ne trouvera plus dans son sein de distinctions possibles pour la vertus !

Au défaut de n’être pas dignes d’elle, les récompenses pécuniaires joignent celui de n’être pas assez publiques, de ne parler pas sans cesse aux yeux & aux cœurs, de disparoître aussi-tôt qu’elles sont accordées, & de ne laisser aucune trace visible qui excite l’émulation, en perpétuant l’honneur qui doit les accompagner. Je voudrois que tous les grades, tous les emplois, toutes les récompenses honorifiques se marquassent par des signes extérieurs, qu’il ne fût jamais permis à un homme en place de marcher incognito, que les marques de son rang ou de sa dignité le suivissent par-tout, afin que le peuple le respectât toujours & qu’il se respectât toujours lui-même ; qu’il pût ainsi toujours dominer l’opulence ; qu’un riche qui n’est que riche, sans cesse offusqué par des citoyens titrés & pauvres, ne trouvât ni considération ni agrément dans sa patrie ; qu’il fût forcé de la servir pour y briller, d’être integre par ambition, & d’aspirer malgré sa richesse à des rangs où la seule approbation publique mene, & d’où le blâme peut toujours faire déchoir. Voilà comment on énerve la force des richesses & comment on fait des hommes qui ne sont point à vendre. J’insiste beaucoup sur ce point, bien persuadé que vos voisins & sur-tout les Russes n’épargneront rien pour