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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/509

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l’administration de ces sortes de biens est plus embarrassante ; elle déplaît sur-tout à ceux qui en sont chargés, parce qu’ils y trouvent moins à faire leur compte. Tout cela est vrai ; mais que le mal est petit en comparaison de la foule de maux qu’il sauve ! Un homme voudroit malverser qu’il ne le pourroit pas, du moins sans qu’il y parût. On m’objectera les Baillifs de quelques Canton Suisses, mais d’où viennent leurs vexations ? des amendes pécuniaires qu’ils imposent. Ces amendes arbitraires sont un grand mal déjà par elles-mêmes ; cependant s’ils ne les pouvoient exiger qu’en denrées ce ne seroit presque rien. L’argent extorqué se cache aisément, des magasins ne se cacheroient pas de même. Cherchez en tout pays, en tout Gouvernement & par toute terre. Vous n’y trouverez pas un grand mal en morale & en politique où l’argent ne soit mêlé.

On me dira que l’égalité des fortunes qui regne en Suisse rend la parcimonie aisée dans l’administration : au lieu que tant de puissantes maisons & de grands seigneurs qui sont en Pologne demandent pour leur entretien de grandes dépenses & des finances pour y pourvoir. Point du tout. Ces grands seigneurs sont riches par leurs patrimoines, & leurs dépenses seront moindres quand le luxe cessera d’être en honneur dans l’Etat, sans qu’elles les distinguent moins des fortunes inférieures, qui suivront la même proportion. Payez leurs services par de l’autorité des honneurs de grandes places. L’inégalité des rangs est compensée en Pologne par l’avantage de la noblesse qui rend ceux qui les remplissent plus jaloux des honneurs que du profit. La République en graduant & distribuant