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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/505

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de finances qui fasse bien circuler l’argent, qui par là le multiplie, qui vous en procure beaucoup ; travaillez à le rendre très-nécessaire afin de tenir le peuple dans une grande dépendance, & pour cela fomentez & le luxe matériel, & le luxe de l’esprit qui en est inséparable. De cette maniere vous formerez un peuple intrigant ardent avide ambitieux servile & fripon comme les autres, toujours sans aucun milieu à l’un des deux extrêmes de la misere ou de l’opulence, de la licence ou de l’esclavage : mais on vous comptera parmi les grandes puissances de l’Europe, vous entrerez dans tous les systêmes politiques, dans toutes les négociations on recherchera votre alliance, on vous liera par des traités ; il n’y aura pas une guerre en Europe où vous n’ayez l’honneur d’être fourrés ; si le bonheur vous en veut, vous pourrez rentrer dans vos anciennes possessions, peut-être en conquérir de nouvelles & puis dire comme Pyrrhus ou comme les Russes, c’est-à-dire comme les enfans : Quand tout le monde sera à moi je mangerai bien du sucre.

Mais si par hasard vous aimiez mieux former une nation libre paisible & sage qui n’a ni peur ni besoin de personne, qui se suffit à elle-même & qui est heureuse ; alors il faut prendre une méthode toute différente, maintenir rétablir chez vous des mœurs simples, des goûts sains, un esprit martial sans ambition ; former des ames courageuses & désintéressées ; appliquer vos peuples à l’agriculture & aux arts nécessaires à la vie, rendre l’argent méprisable & s’il se peut inutile, chercher trouver pour opérer de grandes choses des ressorts plus puissans & plus sûrs. Je conviens qu’en suivant cette route