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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/497

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Si donc dans une résolution presque unanime un seul opposant conservoit le droit de l’annuler, je voudrois qu’il répondît de son opposition sur sa tete, non-seulement à ses constituans dans la Diétine post-comitiale, mais ensuite à toute la nation dont il a fait le malheur. Je voudrois qu’il fût ordonné par la loi que six mois après son opposition, il seroit jugé solennellement par un tribunal extraordinaire établi pour cela seul, composé de tout ce que la nation a de plus sage de plus illustre & de plus respecté, & qui ne pourroit le renvoyer simplement absous, mais seroit obligé de le condamner à mort sans aucune grâce, ou de lui décerner une récompense & des honneurs publics pour toute sa vie, sans pouvoir jamais prendre aucun milieu entre ces deux alternatives.

Des établissemens de cette espece, si favorables à l’énergie du courage & à l’amour de la liberté, sont trop éloignés de l’esprit moderne pour qu’on puisse espérer qu’ils soient adoptés ni goûtés ; mais ils n’étoient pas inconnus aux anciens, & c’est par là que leurs instituteurs savoient élever les ames & les enflammer au besoin d’un zele vraiment héroÏque. On a vu dans des Républiques où régnoient des loix plus dures encore, de généreux citoyens se dévouer à la mort dans le péril de la patrie pour ouvrir un avis qui pût la sauver. Un veto suivi du même danger peut sauver l’Etat dans l’occasion, & n’y sera jamais fort à craindre.

Oserois-je parler ici des confédérations & n’être pas de l’avis des savans ? Ils ne voient que le mal qu’elles font ; il faudroit voir aussi celui qu’elles empêchent. Sans contredit, la confédération est un état violent dans la République ; mais