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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/486

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Or à moins que le chef d’une nation ne soit tout-à-fait nul, & par conséquent inutile, il faut bien qu’il puisse faire quelque chose, & si peu qu’il fasse, il faut nécessairement que ce soit du bien ou du mal.

Maintenant tout le Sénat est à la nomination du Roi : c’est trop. S’il n’a aucune part à cette nomination, ce n’est pas assez. Quoique la Pairie en Angleterre soit aussi à la nomination du Roi elle en est bien moins dépendante, parce que cette Pairie une fois donnée est héréditaire, au lieu que les Evêchés, Palatinats & Castellanies n’étant qu’à vie retournent à la mort de chaque titulaire à la nomination du Roi.

J’ai dit comment il me paroît que cette nomination devroit se faire, savoir les Palatins & grands Castellans à vie & par leurs Diétines respectives. Les Castellans du second rang à tems & par la Diete. À l’égard des Evêques il me paroît difficile, à moins qu’on ne les fasse élire par leurs chapitres d’en ôter la nomination au Roi, & je crois qu’on peut la lui laisser, excepté toutefois celle de l’Archevêque de Gnesne qui appartient naturellement à la Diete ; à moins qu’on n’en sépare la Primatie, dont elle seule doit disposer. Quant aux Ministres, sur-tout les grands généraux & grands trésoriers, quoique leur puissance qui fait contre-poids à celle du Roi doive être diminuée en proportion de la sienne, il ne me paroît pas prudent de laisser au Roi le droit de remplir ces places par ses créatures, & je voudrois au moins qu’il n’eût que le choix sur un petit nombre de sujets présentés par la Diete. Je conviens que ne pouvant plus ôter ces places après les avoir données, il ne peut plus compter absolument sur ceux qui les remplissent :