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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/470

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fréquemment, il sera difficile que le Sénat ou le Roi oppriment ou usurpent l’autorité législative. Il est remarquable que jusqu’ici les Rois n’oient pas tenté de rendre les Dietes plus rares, quoiqu’ils ne fussent pas forcés comme ceux d’Angleterre, à les assembler fréquemment sous peine de manquer d’argent. Il faut, ou que les choses se soient toujours trouvées dans un état de crise qui ait rendu l’autorité royale insuffisante pour y pourvoir, ou que les Rois se soient assurés par leurs brigues dans les Diétines, d’avoir toujours la pluralité des Nonces à leur disposition, ou qu’à la faveur du liberum veto ils aient été sûrs d’arrêter toujours les délibérations qui pouvoient leur déplaire & de dissoudre les Dietes à leur volonté. Quand tous ces motifs ne subsisteront plus, on doit s’attendre que le Roi, ou le Sénat, ou tous les deux ensemble feront de grands efforts. pour se délivrer des Dietes, & les rendre aussi rares qu’il se pourra. Voilà ce qu’il faut sur-tout prévenir & empêcher. Le moyen proposé est le seul, il est simple & ne peut manquer d’être efficace : il est bien singulier qu’avant le Contrat Social, où je le donne, personne ne s’en fût avisé !

Un des plus grande inconvéniens des grands Etats, celui de tous qui y rend la liberté le plus difficile à conserver est que la puissance législative ne peut s’y montrer elle-même, & ne peut agir que par députation. Cela a son mal & son bien, mais le mal l’emporte. Le législateur en Corps est impossible à corrompre, mais facile à tromper. Ses représentans sont difficilement trompés mais aisément corrompus, & il arrive rarement qu’ils ne le soient pas. Vous avez sous les yeux l’exemple du Parlement d’Angleterre, & par le liberum