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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/469

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presque toutes leurs forces les unes contre les autres, jusqu’à ce qu’une d’entr’elles ait pris l’ascendant & les domine toutes : ou bien si elles s’accordent & se concertent elles ne feront réellement qu’un même Corps & n’auront qu’un même esprit, comme les chambres d’un Parlement ; & de toutes manieres je tiens pour impossible que l’indépendance & l’équilibre se maintiennent si bien entr’elles, qu’il n’en résulte pu toujours un centre ou foyer d’administration où toutes les forces particulieres se réuniront toujours pour opprimer le Souverain. Dans presque toutes nos Républiques les conseils sont ainsi distribués en départemens qui dans leur origine étoient indépendans les une des autres, & qui bientôt ont cessé de l’être.

L’invention de cette division par chambres ou départemens est moderne. Les anciens qui savoient mieux que nous comment se maintient la liberté ne connurent point cet expédient. Le Sénat de Rome gouvernoit la moitié du monde connu, & n’avoit pas même l’idée de ces partages. Ce Sénat, cependant, ne parvint jamais à opprimer la puissance législative, quoique les Sénateurs fussent à vie. Mais les loix avoient des Censeurs, le peuple avoit des Tribuns, & le Sénat n’élisoit, pas les Consuls.

Pour que l’administration soit forte bonne & marche bien à son but, toute la puissance exécutive doit être dans les mêmes mains : mais il ne suffit pas que ces mains changent ; il faut qu’elles n’agissent, s’il est possible, que sous les yeux du législateur, & que ce soit lui qui les guide. Voilà le vrai secret pour qu’elles n’usurpent pas son autorité.

Tant que les Etats s’assembleront & que les Nonces changeront