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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/453

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efféminée soit en mépris, & si l’on n’y peut faire renoncer les femmes, qu’on leur apprenne au moins à l’improuver & dédaigner dans les hommes.

Au reste, ce n’est pas par des loix somptuaires qu’on vient à bout d’extirper le luxe. C’est du fond des cœurs qu’il faut l’arracher, en y imprimant des goûts plus sains & plus nobles. Défendre les choses qu’on ne doit pas faire est un expédient inepte & vain si l’on ne commence par les faire haÏr & mépriser, & jamais improbation de la loi n’est efficace que quand elle vient à l’appui de celle du jugement. Quiconque se mêle d’instituer un peuple doit savoir dominer les opinions & par elles gouverner les passions des hommes. Cela est vrai sur-tout dans l’objet dont je parle. Les loix somptuaires irritent le désir par la contrainte, plutôt qu’elles ne l’éteignent parle châtiment. La simplicité dans les mœurs & dans la parure est moins le fruit de la loi que celui-de l’éducation.

CHAPITRE IV.

Education.

C’est ici l’article important. C’est l’éducation qui doit donner aux ames la forme nationale & diriger tellement leurs opinions & leurs goûts, qu’elles soient patriotes par inclination par passion par nécessité. Un enfant en ouvrant les yeux doit voir la patrie & jusqu’à la mort ne doit plus voir qu’elle. Tout vrai Républicain suça avec le lait de sa mere