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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/452

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si des marques de rang distinguoient les hommes en place, ceux qui ne seroient que riches en seroient privés, les vœux secrets prendroient naturellement la route de ces distinctions honorables, c’est-à-dire celles du mérite & de la vertu quand on ne parviendroit que par-là. Souvent les consuls de Rome étoient très-pauvres, mais ils avoient des licteurs, l’appareil de ces licteurs fut convoité par le peuple, & les Plébéiens parvinrent au consulat.

Oter tout-à-fait le luxe où règne l’inégalité me paroît, je l’avoue, une entreprise bien difficile. Mais n’y auroit-il pas moyen de changer les objets de ce luxe & d’en rendre l’exemple moins pernicieux ? Par exemple, autrefois la pauvre noblesse en Pologne s’attachoit aux Grands qui lui donnoient l’éducation & la subsistance à leur suite. Voilà un luxe vraiment grand & noble, dont je sens parfaitement l’inconvénient, mais qui du moins loin d’avilir les ames les élève, leur donne des sentimens du ressort, & fut sans abus chez les Romains tant que dura la République. J’ai lu que le Duc d’Eperon rencontrant un jour le Duc de Sully vouloit lui chercher querelle, mais que n’ayant que six cents gentilshommes à sa suite il n’osa attaquer Sully qui en avoit huit cents. Je doute qu’un luxe de cette espèce laisse une grande place à celui des colifichets, & l’exemple du moins n’en séduira pas les pauvres. Ramenez les Grands en Pologne à n’en avoir que de ce genre, il en résultera peut-être des divisions des partis, des querelles, mais il ne corrompra pas la nation. Après celui-là tolérons le luxe militaire, celui des armes des chevaux, mais que toute parure