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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/450

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facultés du corps moins utiles à la guerre les a fait tomber en discrédit. Il arrive de-là que, hors les qualités de l’esprit, qui sont souvent équivoques déplacées, sur lesquelles on a mille moyens de tromper, & dont le peuple est mauvais juge, un homme avec l’avantage de la naissance n’a rien en lui qui le distingue d’un autre, qui justifie la fortune, qui montre dans sa personne un droit naturel à la supériorité, & plus on néglige ces signes extérieurs, plus ceux qui nous gouvernent s’efféminent & se corrompent impunément. Il importe pourtant, & plus qu’on ne pense, que ceux qui doivent un jour commander aux autres se montrent dès leur jeunesse supérieurs à eux de tout point, ou du moins qu’ils y tâchent. Il est bon, de plus que le peuple se trouve souvent avec ses chefs dans des occasions agréables, qu’il les connoisse qu’il s’accoutume à les voir, qu’il partage avec eux ses plaisirs. Pourvu que la subordination soit toujours gardée & qu’il ne se confonde point avec eux c’est le moyen qu’il s’y affectionne & qu’il joigne pour eux l’attachement au respect. Enfin le goût des exercices corporels détourne d’une oisiveté dangereuse des plaisirs efféminés & du luxe de l’esprit. C’est sur-tout à cause de l’ame qu’il faut exercer le corps, & voilà ce que nos petits sages sont loin devoir.

Ne négligez point une certaine décoration publique ; qu’elle soit noble imposante, & que la magnificence soit dans les hommes plus que dans les choses. On ne sauroit croire à quel point le cœur du peuple suit ses yeux & combien la majesté du cérémonial en impose. Cela donne à l’autorité