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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/442

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par ces rites frivoles & superstitieux en apparence, dont si peu de gens sentent la force & l’effet, & dont cependant Romulus, le farouche Romulus lui-même avoit jetté les premiers fondemens.

Le même esprit guida tous les anciens législateurs dans leurs institutions. Tous cherchèrent des liens qui attachassent les citoyens à la patrie & les uns aux autres, & ils les trouverent dans des usages particuliers, dans des cérémonies religieuses qui par leur nature étoient toujours exclusives & nationales [1], dans des jeux qui tenoient beaucoup les citoyens rassemblés, dans des exercices qui augmentoient avec leur vigueur & leurs forces leur fierté & l’estime d’eux-mêmes, dans des spectacles qui leur rappelant l’histoire de leurs ancêtres, leurs malheurs, leurs vertus, leurs victoires, intéressoient leurs cœurs, les enflammoient d’une vive émulation, & les attachoient fortement à cette patrie dont on ne cessoit de les occuper. Ce sont les poésies d’Homère récitées aux Grecs solennellement assemblés, non dans des coffres, sur des planches & l’argent à la main, mais en plein air & en Corps de nation, ce sont les tragédies d’Eschyle de Sophocle & d’Euripide, représentées souvent devant eux, ce sont les prix dont, aux acclamations de toute la Grèce on couronnoit les vainqueurs dans leurs jeux, qui, les embrasant continuellement d’émulation & de gloire, porterent leur courage & leurs vertus à ce degré d’énergie dont rien aujourd’hui ne nous donne l’idée, & qu’il n’appartient pas même aux modernes de croire. S’ils ont des lois, c’est uniquement pour leur apprendre à bien

  1. Voyez la fin du Contat Social