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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/441

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autant que le monde, malgré la haine & la persécution du reste du genre humain.

Lycurgue entreprit d’instituer un peuple déjà dégradé par la servitude & par les vices qui en sont l’effet. Il lui imposa un joug de fer, tel qu’aucun autre peuple n’en porta jamais un semblable ; mais il l’attacha l’identifia, pour ainsi dire, à ce joug, en l’en occupante toujours. Il lui montra sans cesse la patrie dans ses loix dans ses jeux dans sa maison dans ses amours dans ses festins. Il ne lui laissa pas un instant de relâche pour être à lui seul, & de cette continuelle contrainte, ennoblie par son objet, naquit en lui cet ardent amour de la patrie, qui fut toujours la plus forte ou plutôt l’unique passion des Spartiates, & qui en fit des êtres au-dessus de l’humanité. Sparte n’étoit qu’une ville, il est vrai ; mais par la seule force de son institution cette ville donna des loix à toute la Grèce, en devint la capitale, & fit trembler l’Empire Persan. Sparte étoit le foyers d’ou sa législation étendoit ses effets tout autour d’elle.

Ceux qui n’ont vu dans Numa qu’un instituteur de rites & de cérémonies religieuses ont bien mal jugé ce grand homme. Numa fut le vrai fondateur de Rome. Si Romulus n’eût fait qu’assembler des brigands qu’un revers pouvoit disperser, son ouvrage imparfait n’eût pu résister au tems. Ce fut Numa qui le rendit solide & durable en unissant ces brigands en un Corps indissoluble, en les transformant en citoyens, moins par des loix, dont leur rustique pauvreté n’avoit guère encore besoin, que par des institutions douces qui les attachoient les uns aux autres, & tous à leur sol, en rendant enfin leur ville sacrée