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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/439

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Par où donc émouvoir les cœurs, & faire aimer la patrie & ses loix ? L’oserai-je dire ? Par des jeux d’enfans ; par des institutions oiseuses aux yeux des hommes superficiels, mais qui forment des habitudes chéries & des attachemens invincibles. Si j’extravague ici, c’est du moins bien completement ; car j’avoue que je vois ma folie sous tous les traits de la raison.

CHAPITRE II.

Esprit des anciennes institutions.

Quand on lit l’histoire ancienne, on se croit transporté dans un autre univers & parmi d’autres êtres. Qu’ont de commun les François les Anglois les Russes avec les Romains & les Grecs ? Rien presque que la figure. Les fortes ames de ceux-ci paroissent aux autres des exagérations de l’histoire. Comment eux qui se sentent si petits penseroient-ils qu’il y ait eu de si grands hommes ? Ils existèrent pourtant, & c’étoient des humains comme nous : qu’est-ce qui nous empêche d’être des hommes comme eux ? Nos préjugés, notre basse philosophie, & les passions du petit intérêt, concentrées avec l’égoÏsme dans tous les cœurs, par des institutions ineptes que le génie ne dicta jamais.

Je regarde les nations modernes. J’y vois force faiseurs de loix & pas un législateur. Chez les anciens j’en vois trois principaux qui méritent une attention particulière. Moise, Lycurgue, & Numa. Tous trois ont mis leurs principaux soins