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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/427

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soient une autre espece de gens que par-tout ailleurs, j’ai peine à croire qu’il arrive jusqu’au roi la moindre chose de tous ces produits, que les bleds ne se gâtent pas dans tous les greniers, & que le feu ne consume pas la plupart des magasins.

Le second inconvénient vient d’un avantage apparent, qui laisse aggraver les maux avant qu’on les apperçoive. C’est que le bled est une denrée que les impôts ne renchérissent point dans le pays qui la produit, & dont, malgré son absolue nécessité, la quantité diminue, sans que le prix en augmente ; ce qui fait que beaucoup de gens meurent de faim, quoique le bled continue d’être à bon marché, & que le laboureur reste seul chargé de l’impôt, qu’il n’a pu défalquer sur le prix de la vente. Il faut bien faire attention qu’on ne doit pas raisonner de la taille réelle comme des droits sur toutes les marchandises qui en font hausser le prix, & sont ainsi payés moins par les marchands, que par les acheteurs. Car ces droits, quelque forts qu’ils puissent être, sont pourtant volontaires, & ne sont payés par le marchand qu’à proportion des marchandises qu’il achète ; & comme il n’achète qu’à proportion de son débit, il fait la loi au particulier. Mais le laboureur qui, soit qu’il vende ou non, est contraint de payer à des termes fixes pour le terrain qu’il cultive, n’est pas le maître d’attendre qu’on mette à sa denrée le prix qu’il lui plaît ? & quand il ne la vendroit pas pour s’entretenir, il seroit forcé de la vendre pour payer la taille, de sorte que c’est quelquefois l’énormité de l’imposition qui maintient la denrée à vil prix.

Remarquez encore que les ressources du commerce & de