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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/394

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le Gouverneur est cassé, & chaque Mandarin répond sur sa tête de tout le mal qui arrive dans son département. Ce n’est pas qu’on n’examine ensuite l’affaire dans un procès régulier ; mais une longue expérience en a fait prévenir ainsi le jugement. L’on a rarement en cela quelque injustice à réparer ; & l’Empereur persuadé que la clameur publique ne s’élève jamais sans sujet, démêle toujours, au-travers des cris séditieux qu’il punit, de justes griefs qu’il redresse.

C’est beaucoup que d’avoir fait régner l’ordre & la paix dans toutes les parties de la République ; c’est beaucoup que l’Etat soit tranquille & la loi respectée : mais si l’on ne fait rien de plus, il y aura dans tout cela plus d’apparence que de réalité, & le Gouvernement se fera difficilement obéir s’il se borne à l’obéissance. S’il est bon de savoir employer les hommes tels qu’ils sont, il vaut beaucoup mieux encore les rendre tels qu’on a besoin qu’ils soient ; l’autorité la plus absolue est celle qui pénètre jusqu’à l’intérieur de l’homme, & ne s’exerce pas moins sur la volonté que sur les actions. Il est certain que les peuples sont à la longue ce que le Gouvernement les fait être. Guerriers, citoyens, hommes, quand il le veut ; populace & canaille quand il lui plaît : & tout Prince qui méprise ses sujets se déshonore lui-même en montrant qu’il n’a pas su les rendre estimables. Formez donc des hommes si vous voulez commander à des hommes ; si vous voulez qu’on obéisse aux loix, faites qu’on les aime, & que pour faire ce qu’on doit, il suffise de songer qu’on le doit faire. C’étoit-là le grand art des Gouvernemens anciens, dans ces tems reculés où les philosophes donnoient des