Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/388

Cette page n’a pas encore été corrigée


On voit avec quelle facilité l’on explique à l’aide de ces principes, les contradictions apparentes qu’on remarque dans la conduite de tant d’hommes remplis de scrupule & d’honneur à certaine égards, trompeurs & fripons à d’autres, foulant aux pieds les plus sacrés devoirs, & fidèles jusqu’à la mort à des engagemens souvent illégitimes. C’est ainsi que les hommes les plus corrompus rendent toujours quelque sorte d’hommage à la foi publique ; c’est ainsi que les brigands mêmes, qui sont les ennemis de la vertu dans la grande société, en adorent le simulacre dans leurs cavernes.

En établissant la volonté générale pour premier principe de l’économie publique & regle fondamentale du Gouvernement, je n’ai pas cru nécessaire d’examiner sérieusement si les magistrats appartiennent au peuple ou le peuple aux magistrats, & si dans les affaires publiques on doit consulter le bien de l’Etat ou celui des chefs. Depuis long-tems cette question a été décidée d’une manière par la pratique, & d’une autre par la raison ; & en général ce seroit une grande folie d’espérer que ceux qui dans le fait sont les maîtres préféreront un autre intérêt au leur. Il seroit donc à propos de diviser encore l’économie publique en populaire & tyrannique. La premiere est celle de tout Etat, où regne entre le peuple & les chefs unité d’intérêt & de volonté ; l’autre existera nécessairement par-tout où le Gouvernement & le peuple auront des intérêts différents & par conséquent des volontés opposées. Les maximes de celle-ci sont inscrites au long dans les archives de l’histoire & dans les satires de Machiavel. Les autres ne se trouvent que dans les écrits des philosophes qui osent reclamer les droits de l’humanité.