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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/386

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& à ses membres, découlent les règles les plus universelles & les plus sûres sur lesquelles on puisse juger d’un bon ou d’un mauvais Gouvernement, & en général, de la moralité de toutes les actions humaines.

Toute société politique est composée d’autres sociétés plus petites, de différentes espèces, dont chacune a ses intérêts & ses maximes ; mais ces sociétés, que chacun aperçoit, parce qu’elles ont une forme extérieure & autorisée, ne sont pas les seules qui existent réellement dans l’Etat ; tous les particuliers qu’un intérêt commun réunit, en composent autant d’autres, permanentes ou passageres, dont la force n’est pas moins réelle pour être moins apparente, & dont les divers rapports bien observés font la véritable connoissance des mœurs. Ce sont toutes ces associations tacites ou formelles qui modifient de tant de manieres les apparences de la volonté publique par l’influence de la leur. La volonté de ces sociétés particulières a toujours deux relations ; pour les membres de l’association, c’est une volonté générale ; pour la grande société, c’est une volonté particuliere, qui très-souvent se trouve droite au premier égard, & vicieuse au second. Tel peut être prêtre dévot, ou brave soldat, ou patricien zélé, & mauvais citoyen. Telle délibération peut être avantageuse à la petite communauté, & très-pernicieuse à la grande. Il est vrai que, les sociétés particulières étant toujours subordonnées à celles qui les contiennent, on doit obéir à celle-ci préférablement aux autres, que les devoirs du citoyen vont avant ceux du sénateur, & ceux de l’homme avant ceux du citoyen : mais malheureusement l’intérêt personnel se trouve toujours en