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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/385

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les parties. Cette communication vient-elle à cesser, l’unité formelle à s’évanouir, & les parties contiguËs à n’appartenir plus l’une à l’autre que par juxta-position ? l’homme est mort, ou l’Etat est dissous.

Le Corps politique est donc aussi un être moral qui a une volonté ; & cette volonté générale, qui tend toujours à la conservation & au bien-être du tout & de chaque partie, & qui est la source des loix, est pour tous les membres de l’Etat, par rapport à eux & à lui, la regle du juste & de l’injuste ; vérité qui, pour le dire en passant, montre avec combien de sens tant d’Ecrivains ont traité de vol la subtilité prescrite aux enfans de Lacédémone, pour gagner leur frugal repas, comme si tout ce qu’ordonne la loi pouvoit ne pas être légitime. Voy. au mot DROIT la source de ce grand & lumineux principe, dont cet article est le développement

Il est important de remarquer que cette regle de justice, sure par rapport à tous les citoyens, peut être fautive avec les étrangers ; & la raison de ceci est évidente : c’est qu’alors la volonté de l’Etat, quoique générale par rapport à ses membres, ne l’est plus par rapport aux autres Etats & à leurs membres, mais devient pour eux une volonté particulière & individuelle, qui a sa regle de justice dans la loi de nature, ce qui rentre également dans le principe établi : car alors la grande ville du monde devient le Corps politique dont la loi de nature est toujours la volonté générale, & dont les Etats & peuples divers ne sont que des membres individuels.

De ces mêmes distinctions appliquées à chaque société politique