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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/33

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une jeunesse imprudente m’auroit privé ; j’aurois du moins nourri dans mon ame ces mêmes sentimens dont je n’aurois pu faire usage dans mon pays, & pénétré d’une affection tendre & désintéressée pour mes Concitoyens éloignés, je leur aurois adressé du fond de mon cœur à peu pres le discours suivant.

Mes chers Concitoyens, ou plutôt mes freres, puisque les liens du sang ainsi que les loix nous unissent presque tous ; il m’est doux de ne pouvoir penser à vous, sans penser en même tems à tous les biens dont vous jouissez, & dont nul de vous peut-être ne sent mieux le prix que moi qui les ai perdus. Plus je réfléchis sur votre situation politique & civile, & moins je puis imaginer que la nature des choses humaines puisse en comporter une meilleure. Dans tous les autres Gouvernemens, quand il est question