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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/305

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sureté des possessions, & l’autre celle des personnes ; l’un veut que le meilleur Gouvernement soit le plus sévère, l’autre soutient que c’est le plus doux ; celui-ci veut qu’on punisse les crimes, & celui-là qu’on les prévienne ; l’un trouve beau qu’on soit craint des voisins, l’autre aime mieux qu’on en soit ignoré ; l’un est content quand l’argent circule, l’autre exige que le peuple ait du pain. Quand-même on conviendroit sur ces points & d’autres semblables, en seroit-on plus avancé ? Les qualités morales manquant de mesure précise, fut-on d’accord sur le signe, comment l’être sur l’estimation ?

Pour moi, je m’étonne toujours qu’on méconnoisse un signe aussi simple, ou qu’on ait la mauvaise foi de n’en pas convenir. Quelle est la fin de l’association politique ? C’est la conservation & la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu’ils se conservent & prospérent ? C’est leur nombre & leur population. N’allez donc pas chercher ailleurs ce signe si disputé. Toute chose d’ailleurs égale, le Gouvernement sous lequel, sans moyens étrangers sans naturalisations sans colonies les Citoyens peuplent & multiplient davantage, est infailliblement le meilleur : celui sous lequel un peuple diminue & dépérit est le pire. Calculateurs, c’est maintenant votre affaire ; comptez, mesurez, comparez [1].

  1. (z) On doit juger sur le même principe des siècles qui méritent la préférence pour la prospérité du genre humain. On a trop admiré ceux où l’on a vu fleurir les lettres & les arts, sans pénétrer l’objet secret de leur culture, sans en considérer le funeste effet, idqne apud imperitos humanitas vocabatur, quum pars servitutis esset. Ne verrons-nous jamais dans les