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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/300

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Il y a des exceptions, je le sais ; mais ces exceptions-mêmes confirment la regle, en ce qu’elles produisent tôt ou tard des révolutions qui ramenent les choses dans l’ordre de la nature.

Distingons toujours les loix générales des causes particulieres qui peuvent en modifier l’effet. Quand tout le midi seroit couvert de Républiques & tout le nord d’États despotiques il n’en seroit pas moins vrai que par l’effet du climat le despotisme convient aux pays chauds, la barbarie aux pays froids, & la bonne politie aux régions intermédiaires. Je vois encore qu’en accordant le principe on pourra disputer sur l’application : on pourra dire qu’il y a des pays froids très-fertiles, & des méridionaux très-ingrats. Mais cette difficulté n’en est une que pour ceux qui n’examinent pas la chose dans tous ses rapports. Il faut, comme je l’ai déjà dit, compter sur des travaux, des forces, de la consommation, &c.

Supposons que de deux terreins égaux l’un rapporte cinq & l’autre dix. Si les habitans du premier consomment quatre & ceux du dernier neuf, l’excès du premier produit sera 1/5. & celui du second 1/15. Le rapport de ces deux excès étant donc inverse de celui des produits, le terrein qui ne produira que cinq donnera un superflu double de celui du terrein qui produira dix.

Mais il n’est pas question d’un produit double, & je ne crois pas que personne ose mettre en général la fertilité des pays froids en égalité même avec celle des pays chauds. Toutefois supposons cette égalité ; laissons, si l’on veut, en