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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/264

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des autres peuples & dont tout autre peuple peut se passer [1] ; Celui qui n’est ni riche ni pauvre & peut se suffire à lui-même ; enfin celui qui réunit la consistance d’un ancien peuple avec la docilité d’un peuple nouveau. Ce qui rend pénible l’ouvrage de la législation, est moins ce qu’il faut établir que ce qu’il faut détruire ; & ce qui rend le succès si rare, c’est l’impossibilité de trouver la simplicité de la nature jointe aux besoins de la société. Toutes ces conditions, il est vrai, se trouvent difficilement rassemblées. Aussi voit-on peu d’États bien constitués.

Il est encore en Europe un pays capable de législation ; c’est l’Isle de Corse. La valeur & la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer & défendre sa liberté, mériteroit bien que quelque homme sage lui apprit à la conserver. J’ai quelque pressentiment qu’un jour cette petite Isle étonnera l’Europe.

  1. (n) Si de deux peuples voisins l’un ne pouvoit se passer de l’autre, ce seroit une situation très dure pour le mier & très dangereuse pour le second. Toute nation sage, en pareil cas, s’efforcera bien vîte de délivrer l’autre de cette dépendance. La République de Thlascala enclavée dans l’Empire du Méxique aima mieux se passer de sel, que d’en acheter des Méxicains, & même d’en accepter gratuitement. Les sages Thlascalans virent le piege caché sous cette libéralité. Ils se conserverent libres, & ce petit État, enfermé dans ce grand Empire, fut enfin l’instrument de sa ruine.