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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/23

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vos murs, j’aurois cru ne pouvoir me dispenser d’offrir ce tableau de la société humaine, à celui de tous les peuples qui me paroît en posséder les plus grands avantages, & en avoir le mieux prévenu les abus.

Si j’avois eu à choisir le lieu de ma naissance, j’aurois choisi une société d’une grandeur bornée par l’étendue des facultés humaines, c’est-à-dire par la possibilité d’être bien gouvernée, & où chacun suffisant à son emploi, nul n’eût été contraint de commettre à d’autres les fonctions dont il étoit chargé : un Etat où tous les particuliers se connoissant entr’eux, les manœuvres obscures du vice, ni la modestie de la vertu, n’eussent pu se dérober aux regards & au jugement du Public, & où cette douce habitude de se voir & de se connoître, fît de l’amour de la Patrie l’amour des Citoyens plutôt que celui de la terre.