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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/202

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Dans mon Epître dédicatoire, j’ai félicité ma Patrie d’avoir un des meilleurs Gouvernemens qui pussent exister. J’ai trouvé dans le Discours qu’il devoit y avoir très-peu de bons Gouvernemens : je ne vois pas où est la contradiction que vous remarquez en cela. Mais comment savez-vous, Monsieur, que j’irois vivre dans les bois si ma santé me le permettoit, plutôt que parmi mes Concitoyens pour lesquels vous connoissez ma tendresse ? Loin de rien dire de semblable dans mon Ouvrage, vous y avez dû voir des raisons très-fortes de ne point choisir ce genre de vie. Je sens trop en mon particulier combien peu je puis me passer de vivre avec des hommes aussi corrompus que moi, & le sage même, s’il en est, n’ira pas aujourd’hui chercher le bonheur au fond d’un désert. Il faut fixer, quand on le peut, son séjour dans sa Patrie pour l’aimer & la servir. Heureux celui qui, privé de cet avantage, peut au moins vivre au sein de l’amitié dans la Patrie commune du genre-humain, dans cet asyle immense ouvert à tous les hommes, où se plaisent également l’austere sagesse & la jeunesse solâtre ; où régnent l’humanité, l’hospitalité, la douceur, & tous les charmes d’une société facile ; où le pauvre trouve encore des amis, la vertu des exemples qui l’animent, & la raison des guides qui l’éclairent. C’est sur ce grand théâtre de la fortune, du vice, & quelquefois des vertus, qu’on peut observer avec fruit le spectacle de la vie ; mais c’est dans son pays que chacun devroit en paix achever la sienne.

II me semble, Monsieur, que vous me censurez bien gravement, sur une réflexion qui me paroît très-juste, & qui, juste ou non, n’a point dans mort écrit le sens qu’il vous, plaît