Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/198

Cette page n’a pas encore été corrigée


cas, de vouloir bien m’indiquer ce qu’il doit dire, je tâcherai de résoudre alors votre objection.

Puisque vous prétendez m’attaquer par mon propre systême, n’oubliez pas, je vous prie, que selon moi la société est naturelle à l’espece humaine comme la décrépitude à l’individu, & qu’il faut des Arts, des Loix , des Gourvernemens aux Peuples comme il faut des bequilles aux vieillards. Toute la différence est que l’état de vieillesse découle de la seule nature de l’nature de l’homme, & que celui de société découle de la nature du genre-humain ; non pas immédiatement comme vous le dites, mais seulement comme je l’ai prouvé, à l’aide de certaines circonstances extérieures qui pouvoient être ou m’être pas, ou du moins arriver plus tôt ou plus tard, & par conséquent accélérer ou ralentir le progrès. Plusieurs même de ces circonstances, dépendent de la volonté des hommes ; j’ai été obligé pour établir une parité parfaite, de supposer dans l’individu le pouvoir d’accélérer sa vieillesse comme l’espece a celui de retarder la sienne. L’état de société ayant donc un terme extrême auquel les hommes sont les maîtres d’arriver plus tôt ou plus tard, il n’est pas inutile de leur montrer le danger d’aller si vîte, & les miseres d’une condition qu’ils prennent pour la perfection de l’espece.

À l’énumération des maux dont les hommes sont accablés & que je soutiens être leur propre ouvrage, vous m’assurez, Leibnitz & vous, que tout est bien, & qu’ainsi la providence est justifiée. J’étois éloigné de croire qu’elle eût besoin pour sa justification du secours de la Philosophie Leibnitzienne, ni d’aucune autre. Pensez-vous sérieusement, vous même,