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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/174

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le nom d’hommes sauvages ; mais il est aisé de conjecturer que c’est à cause de leur stupidité, & aussi parce qu’ils ne parloient pas : raisons foibles pour ceux qui savent que, quoique l’organe de la parole soit naturel à l’homme, la parole elle-même ne lui est pourtant pas naturelle, & qui connoissent jusqu’à quel point sa perfectibilité peut avoir élevé l’homme civil au-dessus de son état originel. Le petit nombre de lignes que contiennent ces descriptions nous peut faire juger combien ces animaux ont été mal observés & avec quels préjugés ils ont été vus. Par exemple, ils sont qualifiés de monstres, & cependant on convient qu’ils engendrent. Dans un endroit, Battel dit que les Pongos tuent les Negres qui traversent les forêts, dans un autre, Purchass ajoute qu’ils ne leur font aucun mal, même quand ils les surprennent ; du moins lorsque les Negres ne s’attachent pas à les regarder. Les Pongos s’assemblent autour des feux allumés par les Negres quand ceux-ci se retirent, & se retirent à leur tour quand le feu est éteint ; voilà le fait, voici maintenant le commentaire de l’observateur, car avec beaucoup d’adresse, ils n’ont point assez de sens pour l’entretenir en y apportant du bois. Je voudrois deviner comment Battel, ou Purchass son compilateur a pu savoir que la retraite des Pongos étoit un effet de leur bêtise plutôt que de leur volonté. Dans un climat tel que Loango, le feu n’est pas une chose fort nécessaire aux animaux, & si les Negres en allument, c’est moins contre le froid que pour effrayer les bêtes féroces ; il est donc très-simple qu’apres avoir été quelque tems réjouis par la flamme, ou s’être bien réchauffés, les Pongos s’ennuient de rester toujours à la même place, & s’en aillent à leur nâture, qui demande plus de tems que s’ils mangeoient de la chair. D’ailleurs, on soit que la plupart des animaux, sans en