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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/171

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sans beaucoup d’examen, ou à cause de quelques différences qu’ils remarquoient dans la conformation extérieure, ou seulement parce que ces animaux ne parloient pas, ne seroient point en effet de véritables hommes sauvages, dont la race dispersée anciennement dans les bois n’avoit eu occasion de développer aucune de ses facultés virtuelles, n’avoit acquis aucun degré de perfection, & se trouvoit encore dans l’état primitif de nature. Donnons un exemple de ce que je veux dire.

"On trouve, dit le traducteur de l’hist. des Voyages, dans le royaume de Congo, quantité de ces grands animaux qu’on nomme Orangs-Outangs aux Indes Orientales, qui tiennent comme le milieu entre l’espece humaine & les Babouins. Battel raconte que dans les forêts de Mayomba, au royaume de Loango, on voit deux sortes de monstres dont les plus grande se nomment Pongos & les autres Enjokos. Les premiers ont une ressemblance exacte avec l’homme ; mais ils sont beaucoup plus gros, & de fort haute taille. Avec un visage humain, ils ont les yeux fort enfoncés. Leurs mains, leurs joues, leurs oreilles, sont sans poil, à l’exception des sourcils qu’ils ont fort longs. Quoiqu’ils aient le reste du corps assez velu, le poil n’en est pas fort épais, & sa couleur est brune. Enfin la seule partie qui les distingue des hommes est la jambe qu’ils ont sans mollet. Ils marchent droits, en se tenant de la main le poil du cou ; leur retraite est dans les bois ; ils dorment sur les arbres, & s’y font une espece de toît qui les met à couvert de la pluie. Leurs alimens sont des fruits ou des noix sauvages. Jamais ils ne mangent de chair. L’usage des Negres qui traversent les forêts, est d’y allumer des feux pendant la nuit. Ils remarquent que le matin, à leur départ, les Pongos prennent leur place