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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/165

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l’amour & par la raison ! Combien même d’époux honnêtes & vertueux font mutuellement leur supplice pour avoir été mal assortis ! Combien de jeunes & malheureuses victimes de l’avarice de leurs Parens, se plongent dans le vice ou passent leurs tristes jours dans les larmes, & gémissent dans des liens indissolubles que le cœur repousse & que l’or seul a formés ! Heureuses quelquefois celles que leur courage & leur vertu même arrachent à la vie, avant qu’une violence barbare les force à la passer dans le, crime ou dans le désespoir. Pardonnez-le moi, Pere & Mere à jamais déplorables : j’aigris à regret vos douleurs ; mais puissent-elles servir d’exemple éternel & terrible à quiconque ose, au nom même de la nature, violer le plus sacré de ses droits !

Si je n’ai parlé que de ces nœuds mal formés qui sont l’ouvrage de notre police ; pense-t-on que ceux où l’amour & la sympathie ont présidé soient eux-mêmes exempts d’inconvéniens ? Que seroit-ce si j’entreprenois de montrer l’espece humaine attaquée dans sa source même, & jusques dans le plus saint de tous les liens, où l’on n’ose plus écouter la nature qu’apres avoir consulté la fortune, & où le désordre civil confondant les vertus & les vices, la continence devient une précaution criminelle, & le refus de donner la vie à son semblable un acte d’humanité ? Mais sans déchirer le voile qui couvre tant d’horreurs, contentons-nous d’indiquer le mal auquel d’autres doivent apporter le remede.

Qu’on ajoute à tout cela cette quantité de métiers mal-sains qui abrégent les jours ou détruisent le tempérament, tels que sont les travaux des mines, les diverses préparations des métaux, des minéraux, surtout du plomb, du cuivre, du mercure, du cobalt, de l’arsenic, du réalgar ; ces autres métiers périlleux qui coûtent