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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/16

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vie entiere à rappeller tes freres à la raiſon, & au bonheur ; qui raffermis dans la carriere, les pas chancelans de l’homme vertueux, & ramenas celui qui s’égaroit, ils t’appellent Scélerat… Eux qui donnant l’exemple & le précepte, ſappent par les fondemens, le principe des mœurs, le lien des ſociétés ; & travaillent de ſang-froid à délivrer l’homme puiſſant du seul frein qui l’arrête ; à priver le foible de ſon unique appui ; à enlever à l’opprimé, ſon recours ; à l’infortune, ſa conſolation ; au riche, ſa ſureté ; au pauvre, ſon eſpérance.

Mais c’eſt trop ſouiller ma plume par ce monstrueux parallele ; c’eſt trop long-tems contriſter & profaner tes regards par le tableau de tant d’horreurs. Abandonnons ces méchans à leur perversité. Que dis-je ! ô bon Rousseau ! Tu ne te vengeras qu’en demandant à la Clémence infinie, que les remords ne puniſſent pas leur crime, ſans l’expier.

Soulage & purifie tes yeux en les portant ſur ces grouppes d’Enfans rendus heureux à ta voix ; de Meres rappellées à la nature, de Citoyens encouragés au culte des loix & de la liberté. Entends ce cri de reconnoissance que tous les cœurs honnêtes élancent vers toi. Il atteſte à la terre que la vertu n’y eſt pas tout-à-fait étrangere. Perce l’avenir, & vois nos arriere-neveux devenus meilleurs par tes Ecrits, les méditer en béniſſant ton nom, & célébrer ta mémoire en pratiquant tes leçons. Con-