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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/155

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Lucayes que les Espagnols transporterent aux Iles de Cuba, de St. Domingue & ailleurs, moururent pour avoir mangé de la chair. On peut voir par là que je néglige bien desavantages que je pourrois faire valoir. Car la proie étant presque l’unique sujet de combat entre les animaux carnaciers, & les frugivores vivant entr’eux dans une paix continuelle, si l’espece humaine étoit de ce dernier genre, il est clair qu’elle auroit eu beaucoup plus de facilité à subsister dans l’état de nature, beaucoup moins de besoin & d’occasions d’en sortir.

Pag. 49. ( Note 6.)

Toutes les connoissances qui demandent de la réflexion, toutes celles qui ne s’acquierent que par l’enchaînement des idées & ne se perfectionnent que successivement, semblent être tout-à-fait hors de la portée de l’homme sauvage, faute de communication avec ses semblables, c’est-à-dire, faute de l’instrument qui sert a cette communication & des besoins qui la rendent nécessaire. Son savoir & son industrie se bornent à sauter, courir, se battre, lancer une pierre, escalader un arbre. Mais s’il ne sait que ces choses, en revanche il les fait beaucoup mieux que nous qui n’en avons pas le même besoin que lui ; & comme elles dépendent uniquement de l’exercice du corps, & ne sont susceptibles d’aucune communication, ni d’aucun progrès d’un individu à l’autre, le premier homme a pu y être, tout aussi habile que ses derniers descendans.

Les relations des Voyageurs sont pleines d’exemples de la force & de la vigueur des hommes chez les nations barbares & sauvages ; elles ne vantent gueres moins leur adresse & leur légereté ; & comme il ne faut que des yeux pour observer ces choses, rien n’empêche qu’on n’ajoute foi à ce que certifient là-dessus des témoins