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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/151

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montre que la main peut fort bien être employée des deux manieres, cela prouveroit seulement que l’homme peut donner à ses membres une destination plus commode que celle de la nature, & non que la nature a destiné l’homme à marcher autrement qu’elle ne lui enseigne.

Mais il y a, ce me semble, de beaucoup meilleures raisons à dire pour soutenir que l’homme est un bipede. Premiérement, quand on feroit voir qu’il a pu d’abord être conformé autrement que nous ne le voyons, & cependant devenir enfin ce qu’il est, ce n’en seroit pas assez pour conclure que cela se soit fait ainsi ; car après avoir montré la possibilité de ces changemens, il faudroit encore, avant que de les admettre, en montrer au moins la vraisemblance. De plus, si les bras de l’homme paroissent avoir pu lui servir de jambes au besoin, c’est la seule observation favorable à ce systeme, sur un grand nombre d’autres qui lui sont contraires. Les principales sont, que la maniere dont la tête de l’homme est attachée à son corps au lieu de diriger sa vue horizontalement, comme l’ont tous les autres animaux, & comme il l’a lui-même en marchant debout, lui eût tenu, marchant à quatre pieds, les yeux directement fichés vers la terre, situation très-peu favorable à la conservation de l’individu ; que la queue qui lui manque, & dont il n’a que faire marchant à deux pieds, est utile aux quadrupedes, & qu’aucun deux n’en est privé ; que le sein de la femme, tres-bien situé pour un bipede qui tient son enfant dans ses bras, l’est si mal pour un quadrupede, que nul ne l’a placé de cette maniere ; que le train de derriere étant d’une excessive hauteur à proportion des jambes de devant, ce qui fait que marchant à quatre nous nous traînons sur les genoux, le tout eût fait un animal mal proportionné & marchant peu commodément ; que s’il eût posé