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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/131

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que du respect & non de l’obéissance ; car la reconnaissance est bien un devoir qu’il faut rendre, mais non pas un droit qu’on puisse exiger. Au lieu de dire que la société civile dérive du pouvoir paternel, il faloit dire au contraire, que c’est d’elle que ce pouvoir tire sa principale force ; un individu ne fut reconnu pour le pere de plusieurs que quand ils resterent assemblés autour de lui. Les biens du pere, dont il est véritablement le maître, sont les liens qui retiennent ses enfans dans sa dépendance, & il peut ne leur donner part à sa succession qu’à proportion qu’ils auront bien mérité de lui par une continuelle déférence à ses volontés. Or, loin que les sujets aient quelque faveur semblable à attendre de leur despote, comme ils lui appartiennent en propre, eux & tout ce qu’ils possedent, ou du moins qu’il le prétend ainsi, ils sont réduits à recevoir comme une faveur ce qu’il leur laisse de leur propre bien ; il fait justice quand il les dépouille ; il fait grace quand il les laisse vivre.

En continuant d’examiner ainsi les faits par le droit, on ne trouveroit pas plus de solidité que de vérité dans l’établissement volontaire de la tyrannie, & il seroit difficile de montrer la validité d’un contrat qui n’obligeroit qu’une des parties, où l’on mettroit tout d’un côté & rien de l’autre, & qui ne tourneroit qu’au préjudice de celui qui s’engage. Ce systême odieux est bien éloigné d’être même aujourd’hui celui des sages & bons monarques, & surtout des rois de France, comme on peut le voir en divers endroits de leurs édits, & en particulier dans le passage suivant d’un écrit célebre, publié en 1667 au nom & par les ordres de Louis XIV. Qu’on ne dise donc