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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/127

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nulles par le fait même, il ne peut y avoir, dans cette hypothese ni véritable société, ni corps politique, ni d’autre loi que celle du plus fort. 2. Que ces mots de fort & de foible sont équivoques dans le second cas ; que dans l’intervalle qui se trouve entre l’établissement du droit de propriété ou de premier occupant, & celui des gouvernemens politiques, le sens de ces termes est mieux rendu par ceux de pauvre & de riche, parce qu’en effet un homme n’avoit point avant les loix, d’autre moyen d’assujettir ses égaux qu’en attaquant leur bien, ou leur faisant quelque part du sien. 3. Que les pauvres n’ayant rien à perdre que leur liberté, c’eût été une grande folie à eux de s’ôter volontairement le seul bien qui leur restoit pour ne rien gagner en échange, qu’au contraire les riches étant, pour ainsi dire, sensibles dans toutes les parties de leurs biens, il étoit beaucoup plus aisé de leur faire du mal, qu’ils avoient par conséquent plus de précautions à prendre pour s’en garantir ; & qu’enfin il est raisonnable de croire qu’une chose a été inventée par ceux à qui elle est utile plutôt que par ceux à qui elle fait du tort.

Le gouvernement naissant n’eut point une forme constante & réguliere. Le défaut de philosophie & d’expérience ne laissoit appercevoir que les inconvéniens présens ; & l’on ne songeoit à remédier aux autres qu’à mesure qu’ils se présentoient. Malgré tous les travaux des plus sages législateurs, l’état politique demeura toujours imparfait, parce qu’il étoit presque l’ouvrage du hasard, & que mal commencé, le tems, en découvrant les défauts & suggérant des remedes, ne put jamais réparer les vices de la constitution ; on raccommodoit