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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/125

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Telle fut, ou dut être l’origine de la société & des loix, qui donnerent de nouvelles entraves au foible & de nouvelles forces au riche (note 18), détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixerent pour jamais la loi de la propriété & de l’inégalité, d’une adroite usurpation firent un droit irrévocable, & pour le profit de quelques ambitieux, assujettirent désormais tout le genre-humain au travail, à la servitude & à la misere. On voit aisément comment l’établissement d’une seule société rendit indispensable celui de toutes les autres, & comment, pour faire tête à des forces unies, il falut s’unir à son tour. Les sociétés se multipliant ou s’étendant rapidement, couvrirent bientôt toute la surface de la terre, & il ne fut plus possible de trouver un seul coin dans l’univers où l’on pût s’affranchir du joug, & soustraire sa tête au glaive, souvent mal conduit que chaque homme vit perpétuellement suspendu sur la sienne. Le droit civil étant ainsi devenu la regle commune des citoyens, la loi de nature n’eut plus lieu qu’entre les diverses sociétés, où, sous le nom de droit des gens, elle fut tempérée par quelques conventions tacites pour rendre le commerce possible & suppléer à la commisération naturelle, qui, perdant de société à société presque toute la force qu’elle avoit d’homme à homme, ne réside plus que dans quelques grandes ames cosmopolites, qui franchissent les barrieres imaginaires qui séparent les peuples, & qui, à l’exemple de l’être souverain qui les a créés, embrassent tout le genre humain dans leur bienveillance.

Les Corps politiques restant ainsi entr’eux dans l’état de nature, se ressentirent bientôt des inconvéniens qui avoient