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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/116

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des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire, & les vastes forêts se changerent en des campagnes riantes qu’il falut arroser de la sueur des hommes, & dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage & la misere germer & croître avec les moissons.

La métallurgie & l’agriculture furent les deux arts dont l’invention produisit cette grande révolution. Pour le poete, c’est l’or & l’argent ; mais pour le philosophe, ce sont le fer & le blé qui ont civilisé les hommes, & perdu le genre-humain. Aussi l’un & l’autre étoient-ils inconnue aux Sauvages de l’Amérique, qui pour cela sont toujours demeurés tels ; les autres peuples semblent même être restés barbares tant qu’ils ont pratiqué l’un de ces arts sans l’autre. Et l’une des meilleures raisons peut-être pourquoi l’Europe a été, sinon plus tôt, du moins plus constamment & mieux policée que les autres parties du monde, c’est qu’elle est à la fois la plus abondante en fer & la plus fertile en bled.

Il est tres-difficile de conjecturer comment les hommes sont parvenus à connoître & employer le fer ; car il n’est pas croyable qu’ils aient imaginé d’eux-mêmes de tirer la matiere de la mine, & de lui donner les préparations nécessaires pour la mettre en fusion avant que de savoir ce qui en résulteroit. D’un autre côté on peut d’autant moins attribuer cette découverte à quelque incendie accidentel, que les mines ne se forment que dans les lieux arides, & dénuée d’arbres & de plantes ; de sorte qu’on diroit que la nature avoit pris des précautions pour nous dérober ce fatal secret. Il ne reste donc que la circonstance extraordinaire de quelque volcan, qui,