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Que son nom, effacé des pages de l’histoire,
Effacé de tout cœur et de toute mémoire,
Entouré du linceul d’un éternel oubli,
Dans la nuit du tombeau descende enseveli !

Terre de Washington, République modèle,
À ton rêve idéal reste toujours fidèle !
Laisse crier l’Europe et tous les mirmidons
Qui vivent sous ton aile, accablés de tes dons !
Que toujours ton courage, armé de la prière
Plus forte que le glaive et la lance guerrière,
Cherche Dieu dans la gloire, et la gloire eu Dieu seul,
Transformant, s’il le faut, ta bannière en linceul !
Consacrant sur l’autel et l’épée et la lyre,
Unis toujours les fleurs aux palmes du martyre ;
Et sous ton ciel nouveau, prenant un saint essor,
La liberté féconde aura son cycle d’or !…

Liberté ! tu naquis en même temps que l’Ange ;
Tu vis tomber du ciel l’angélique phalange ;
Le premier homme en toi trouva sa dignité ;
Par toi le bien, le mal a sa réalité ;
Contre toi, dans le monde, en vain combat le glaive ;
En vain s’arment les rois que le Démon soulève :
Palladium sacré de toute vérité,
Nul ne peut te ravir sans lèse-humanité ! —

Oh ! non, la liberté, ce n’est pas un vain titre ;
L’homme a reçu de Dieu le puissant libre-arbitre :
Pour le bien ou le mal déterminant son choix,
Du côté qu’il lui plaît il peut jeter le poids !
Dieu permit à Satan, pour tenter et séduire,
D’exercer librement son infernal empire ;
Dieu ne l’arrêta point au seuil du Paradis,
Pour qu’avec ses discours, habilement ourdis,
Il pût, plein de mensonge autant que de malice,
De son orgueil jaloux rendre l’homme complice !
Pour que l’homme innocent connût sa liberté,
Dieu, voulant l’éprouver, permit qu’il fût tenté !
Si l’homme n’était libre, ou serait son mérite ?
La Grâce même agit, sans qu’elle nécessite !
L’homme est donc l’ouvrier de son sort éternel,
Par le mal dans l’enfer, par le bien dans le ciel !



quatrième barde.


Que je t’aime, Amérique ! et que mon âme est fière
De pouvoir t’admirer, en t’appelant ma mère !