Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/189

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
( 189 )



hymne d’antonia.


  Oui, je m’appartiens à moi-même,
  Et je me suis donnée à Dieu !
  Ravie en celui seul que j’aime,
  Son amour m’absorbe en tout lieu !

  Plus je l’aime et plus je suis chaste ;
  Plus je me recueille en l’aimant,
  Plus je me sens enthousiaste,
  En mon calme ravissement ! —

  Aimer, c’est s’oublier soi-même,
  Et dans un extatique élan ;
  Se perdre en celui que l’on aime,
  Comme un fleuve dans l’Océan !

  Qui peut dire la source vive,
  Inondant comme un flot du ciel
  L’âme vierge et contemplative,
  Libre de tout hymen charnel ?

  Qui peut dire l’ivresse austère
  D’un cœur brûlant qui s’appartient ?
  Il parle avec l’Ange, son frère,
  Et l’Ange avec lui s’entretient.

  Ce cœur, plein de voix prophétiques,
  Ému par le souffle de Dieu,
  Jette au ciel des cris extatiques,
  Et chante des stances de feu !

  Semblable à la harpe qui vibre,
  Quand l’échauffé un rayon divin,
  Ce cœur chante, en son essor libre,
  Enflammé comme un séraphin ; —

  Et son chant, qui se nomme extase,
  Est une révélation !
  Aux éclairs du feu qui l’embrase,
  Béatifique vision,

  Son regard transperce les voiles,
  Dont se couvre l’Astre incréé,
  Et du mystère des étoiles,
  Déchiffre l’alphabet sacré !

  Ô virginale clairvoyance,
  Rayonnante intuition,
  D’un cœur pur, céleste science,
  Éclat jailli de l’oraison !