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ANTONIA,
L’ERMITESSE AMÉRICAINE.

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le poète.

 
Dans l’Éden ravissant, douce et sainte patrie,
L’homme fut animé du souffle de la vie :
Sans mère, Adam parfait sortit des mains de Dieu ;
Et par Lui, seul et roi, fut placé dans ce lieu :
Adam, esprit et corps, sublime créature,
Reflétant à la fois et l’Ange et la Nature.

 L’homme, alors, dominait, paisible souverain ;
Il contemplait soumis le royaume d’Éden ;
Alors, dans l’univers, toute chose était belle ;
Rien, dans l’esprit de l’homme, à Dieu n’était rebelle ;
Tout n’était que bonheur, gloire, immortalité ! —
Mais la femme apparut !… Et l’Ange révolté,
L’Ennemi tentateur, l’Esprit plein de malice,
Le noir Démon survint : Trop facile complice,
Eve, prêtant l’oreille au Serpent captieux,
Rêva, dans son orgueil, d’être égalée aux dieux : —
Espoir fallacieux, promesse insidieuse,
Leurre auquel a cédé son âme curieuse !
Eve, en ses entretiens séduite par Satan,
De ses pleurs, dans sa chute, émut le cœur d’Adam :
C’est par compassion et c’est par complaisance,
Qu’après la femme, Adam a perdu l’innocence ;
C’est par la femme, en pleurs, qu’Adam fut attendri ! —
Et dès lors, le péché, la mort a tout flétri !…
Adieu le paradis !… adieu la solitude !…
Aux pieds des exilés que le chemin est rude !

 L’homme a pu contempler la terre, aux premiers jours ;
L’astre, avec harmonie accomplissant son cours ;
De ses rayons baignant son épouse féconde,
De fleurs toute parée et d’épis toute blonde ;
La terre, riche encor de ses présents sacrés,
Par qui l’âme et les sens, à la fois enivrés,
De l’extase montait à l’extase plus pure !
Mais, qu’es-tu devenue, ô première nature,
Ô terre antique et vierge, inépuisable sein,
Où la vie abondait, d’où sortaient par essaim